Bruno Saby, "40 ans de bonne conduite"

Ecrit le jeudi 19 mars 2009 par Vincent Royer

Quelques mois seulement après l’arrêt de sa carrière, Bruno Saby revient dans un livre très personnel sur son parcours. L’occasion de découvrir un autre aspect de la personnalité du champion français. Nous l’avons rencontré au salon de Genève.


Bruno, vous sortez ce livre quelques mois seulement après votre décision d’arrêter votre carrière. Est-ce une façon de tourner la page, de régler des comptes peut-être avec certaines personnes ?
Tout d’abord c’est une demande de mon entourage, depuis très longtemps. C’est peut-être un peu trop de modestie par moment mais souvent je disais que tant que l’on n’avait pas fait une carrière à la Schumacher, ou à la Sébastien Loeb parce qu’on peut dire maintenant qu’en rallye on a l’équivalent de Schumacher, je ne vois pas l’intérêt de faire un livre. Et puis tous ceux qui ont suivi ma carrière trouvaient qu’elle était suffisamment originale, pleine de rebondissements, assez atypique et qu’elle valait le coup d’être relatée. J’y pensais et puis il y a un peu plus d’un an j’ai attaqué ce bouquin. J’ai commencé à prendre des notes… et puis il se trouve que l’été dernier j’ai pris la décision de mettre un terme à ma carrière. Et là je me suis dit que j’allais bosser carrément, m’y mettre. Et j’ai travaillé pour finir ce bouquin de façon à le sortir le plus vite possible, parce que c’était frais. Je venais d’arrêter donc j’avais encore tout en mémoire. C’était bien de le faire tout de suite, de ne pas trop attendre.

Et il y a l’air d’y avoir de l’intérêt, parce il y a un message qui passe, surtout auprès des jeunes pour leur expliquer que dans la vie on peut faire des choix qui peuvent paraître audacieux mais qui sont réalisables à partir du moment où l’on a vraiment la passion profonde et l’envie de faire des choses.

Quel a été le moment le plus fort de votre carrière ?
Ce qui a été le plus fort pour moi, si je retrace ma carrière, bien sûr il y a eu ces victoires au Monte-Carlo ou au Dakar, qui m’ont permis d’éclater aux yeux du grand public. Mais j’ai toujours un faible pour ma première participation en rallye qui s’est faite d’une façon un peu originale.

C’était avec la voiture la plus modeste du plateau du rallye, une Ami 6, la voiture de mon père et surtout, avec mon père comme coéquipier. Parce que quand j’étais jeune, j’avais eu du mal à faire comprendre à mes parents que je voulais vivre différemment. Nous étions d’une famille nombreuse. Tous mes frères et sœurs étaient studieux, ont fait de bonnes études. Ils étaient des enfants faciles à élever. Et moi j’étais le marginal de la bande. Je ne voulais pas aller à l’école et c’était pour moi un supplice. Je savais que quelque chose un jour me ferait vibrer. Je l’ai cherché et d’un seul coup j’ai eu le déclic pour le sport automobile. C’était autour de 14-15 ans. A partir du moment où je me suis passionné pour ça, ma vie je ne la voyais pas autrement. J’ai patienté jusqu’à avoir mon permis de conduire, 3-4 ans après ce déclic, et lorsque j’ai pu faire mon premier rallye, c’était la révélation. J’ai senti que vraiment c’était mon truc, que je vivrais là-dedans, que ma vie tournerait autour du sport automobile et que là, je pouvais vraiment maintenant me concentrer sur quelque chose et le faire avec sérieux. Ce que je n’avais pas fait jusqu’à présent, que je n’avais pas pu en tout cas prouver à mes parents à l’école, je l’ai prouvé autrement. Et là mon père, qui était dur pourtant, sévère, et bien il a accepté tout ça à partir du moment où il a senti que vraiment j’avais trouvé ma voie. Il a été prêt à m’aider, avec de modestes moyens parce que mes parents n’avaient pas de gros moyens pour pouvoir me permettre de faire du sport automobile. Je me suis lancé là-dedans très modestement et c’est pour ça que mes meilleurs souvenirs sont ma première participation à ce rallye des Dauphins avec mon père comme coéquipier.

L’anecdote a voulu que j’étais tellement persuadé que j’allais faire ce rallye, que je m’étais engagé comme on fait toujours. Deux-trois mois avant l’épreuve j’avais envoyé mon engagement pour être sûr d’être pris. A l’époque il y avait beaucoup d’engouement, beaucoup d’engagés, et les organisateurs, malheureusement, ne prenaient que 100 voitures. Je le savais et c’est pour cela que j’avais envoyé mon engagement. Mais malheureusement je n’avais pas mis le numéro de mon permis de conduire sur la feuille d’engagement parce que je n’avais pas encore le permis. Mais j’étais tellement sûr de le réussir que je savais que je pouvais participer à ce rallye. Quand ils ont reçu mon dossier, ils m’ont tout renvoyé en disant, « attendez jeune homme, vous êtes passionné de rallye, vous voulez faire des rallyes, mais pour faire des rallyes, il faut avoir une licence mais il faut avoir aussi le permis de conduire ». Je leur avais répondu qu’il n’y avait pas de problème, que je le passerais 15 jours avant le rallye et que je l’aurais. Ils m’ont dit, « quand tu l’auras tu nous feras signe ». Et quand j’ai eu mon permis, effectivement je leur ai envoyé tout ça. Mais malheureusement, c’était trop tard, il n’avaient pas été patients. Ils s’étaient dit « c’est un gamin qui veut faire ça comme ça. On va d’abord prendre les gens sérieux qui s’engagent avec tout ce qu’il faut pour pouvoir participer. » J’étais malade de cette annonce mais je n’ai pas baissé les bras. Avec un de mes grands frères, nous sommes allés le jour du départ, le jour des vérifications techniques sur place pour rencontrer l’organisateur, et lui renouveler mon sérieux de vouloir faire cette épreuve. Il m’écoutait, il m’écoutait, mais bon, au bout d’un moment il m’a dit « tu nous casses les pieds ». Mais il a quand même fait une tentative. Il a téléphoné à l’assureur pour leur dire « il n’y a que 100 concurrents, c’est le contrat. Mais nous avons un jeune, un gamin, qui nous casse les pieds et qui veut absolument faire le rallye. Qu’est-ce que l’on fait ? » Apparemment ils ont pu s’entendre et c’est comme ça que je suis parti avec le n° 101. Ils ont rajouté un concurrent à leur liste, et c’est comme ça que j’ai pu partir. Alors branle-bas de combat, je vais chercher mon père qui était déjà avec ses pantoufles devant la télévision. Il s’était dit « je vais échapper à mon premier rallye ». Et puis non. Tout s’est bien passé puisque nous avons fait des temps. Nous avons fait un résultat qui était encourageant avec une voiture modeste, et c’est comme cela qu’après j’ai su que j’étais fait pour ça.




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